Aristhide Nyamsi

Sprachen
Französisch
Fachgebiete
Medien-/Kulturwissenschaft Sprachwissenschaft Sprachpraxis Literaturwissenschaft
Forschungsfelder
Recherche über die Literatur der Bewegung Grammatische Beschreibung von der .Vergleich der Literatur mit der afrikanischen Literatur. Analyse der Dramen von Tchicaya U'Tamsi (Congo).Recherche über afrikanisch-frankophone Literatur Négritude
Projekte

weitere Details

Aktuelles Projekt:
Recherche über die Literatur der Bewegung “Négritude”
Ziel der Literatur “Négritude”
Grammatische Beschreibung von der “Négritude”
Analyse der Werke von Aimé Césaire, Léopold Senghor, Leon Damas…
Vergleich der Literatur “Négritude” mit der afrikanischen Literatur
Analyse der Dramen über Négritude ( Senghor, Césaire…)
Recherche über afrikanisch-frankophone Literatur

Was bedeutet Négritude?
• Produkt vom Aufeinandertreffen in Paris der späten 1920er von drei Schwarzen Studenten aus drei französischen Kolonien: Aimé Césaire (1913–2008) aus Martinique, Léon Gontran Damas (1912–1978) aus Französisch Guiana und Léopold Sédar Senghor (1906–2001) aus Senegal
• Begriff geprägt unter anderem im Cahier d’un retour pays natal (1938) von Césaire
• Konzept, mittels dessen afrikanische Intellektuelle (vor allem des frankophonen Afrikas) die Eigenständigkeit des afrikanischen Kultur betonen
• Dadurch auch ein neuer literaturwissenschaftlicher Diskurs geprägt
• Kritik:
o Négritude wurde unter anderem vorgeworfenen essentialistisch zu sein und somit statische, westeuropäische Vorurteile weiterzuschreiben (Fanon)
o Forderung einer aggressiveren Interessenvertretung der Schwarzen (Soyinka)
• Zum Weiterlesen: plato.stanford.edu
Kleine Personenkunde:
• Aimé Césaire:
o 1913–2008
o stammte aus Martinique
o Wirken als Literat: schrieb Essays, Romane und Theaterstücke
o Wirken als Politiker: Abgeordneter der Komunistischen Partei Frankreichs, später Gründer einer Partei in Martinique und dann der Übertritt zu den Sozialisten, bis 1993 Abgeordneter der Französischen Nationalversammlung von 1945 bis 2001 Bürgermeister von Fort-de-France
o Bekannt für: seinen Einfluss auf die Entwicklung der Négritude, seinen Einsatz für die Erhebung von Martinique zum Département
• Léon Gontran Damas:
o 1912–1978
o stammte aus Französisch Guiana
o Wirken als Literat: schrieb Gedichte, Essays und Geschichten
o Wirken als Politiker: war 1948-1951 Abgeordneter der Französischen Nationalversammlung, UNESCO-Gesandter für die „Gesellschaft für afrikanische Kultur“
o Bekannt für: seinen Einfluss auf die Entwicklung der Négritude, seine Beiträge zur Présence Africaine, seinen Professorenstellen in den USA
• Léopold Sédar Senghor:
o 1906–2001
o stammte aus Senegal
o Wirken als Literat: verfasste Gedichte
o Wirken als Politiker: von 1960 bis 1980 Präsident von Senegal
o Bekannt für: seinen Einfluss auf die Entwicklung der Négritude, seine Berufung in die Académie française als erster Afrikaner, die besonders kritische Rezeption seiner Person
• Frantz Fanon:
o 1925-1961
o stammt aus Martinique
o Bekannt als „Vordenker der Entkolonialisierung“
• Akinwande Oluwole Soyinka:
o *1934
o stammt aus Nigeria
o Bekannt als erster Vertreter der „afrikanischen Literatur“, welcher den Literatur-Nobelpreis erhielt
Doris L. Garraway: „’What Is Mine’: Césairean Negritude between the Particular and the Universal.“
• Garraway betreibt in dem Aufsatz ein Re-Reading des Cahier d’un retour pays natal
• Ziel: De-Essentialisierung des Textes von Césaire
• Was bedeutet Essentialismus?
o Als Gegensatz zu Konstruktivismus
o bestimmte Dinge werden „aus der Natur/ dem Wesen“ einer Gruppe von Menschen erklärt
o Bei der Négritude aus der Geschichte zu erklären: Unabhängigkeitsbewegung und Suche nach gemeinsamer Identität
o ABER wenn Schwarz-Sein Essenz ist, ist man nichts anderes
• Garraways These: Césaires Négritude ist ein dynamischer Prozess und er hat die Kritik des Essentialismus schon vorweggenommen
Michael Dash: „Marvellous Realism. The Way Out of Négritude.“
• Der Text ist nochmals überschrieben mit „Towards a redefinition of history“
• Dash schreibt, dass die Négritude als Positives die Idee der doppelten Allianz (politisch/ ökonomisch sowie psychologisch/ spirituell) der Afrikaner hervorgebracht hätte
• Er bemängelt aber, dass bei der Fokussierung auf die Kolonialzeit und den damit einhergehenden spirituellen Verlust, die Möglichkeit eines Überlebens oder Entstehens einer „Third World personality“ vollkommen negiert wurde
• Dash rät, die Geschichte als Kontinuum zu sehen und dabei zu betrachten, wie Kultur adaptierte oder überlebte
• Mit diesem Fokus müsste auch der „Third World writer“ nicht mehr ausschließlich in seiner statischen Position als Protestschreiber betrachtet werden, sondern könnte diverser gesehen werden
• Dash hebt das Bewusstsein der dominierten Kultur hervor, die sichtbarer würde
Literatur
Heinz Antor: „Négritude“ In: Metzler Lexikon. Literatur- und Kulturtheorie, 532-533.
Michael Dash: „Marvellous Realism. The Way out of Négritude.“ In: The Post-Colonial Studies Reader, 150-151.
Doris L. Garraway: „’What Is Mine’: Césairean Negritude between the Particular and the Universal.“ In: Research in African Literatures (41.1) 2010, 71-86.

Aimé Césaire :“Je suis un nègre.”

Nègre je suis et nègre je resterai.
«Aucun de nous n’est en marge de la culture universelle. Elle existe, elle est là et elle peut nous enrichir. Elle peut aussi nous perdre. C’est à chacun de faire le travail.»

Aimé Césaire est né le 26 juin 1913 au sein d’une famille nombreuse de Basse Pointe, commune du Nord-Est de la Martinique, bordée par l’océan Atlantique dont la «lèche hystérique» viendra plus tard rythmer ses poèmes. Le père est un petit fonctionnaire, la mère est couturière.

Aimé Césaire, élève brillant du Lycée Schœlcher de Fort-de-France, poursuit ses études secondaires en tant que boursier du gouvernement français au Lycée Louis Le Grand, à Paris. C’est dans les couloirs de ce grand lycée parisien que, dès son arrivée, le jeune Césaire rencontre Léopold Sédar Senghor, son aîné de quelques années, qui le prend sous son aile protectrice.

Au contact des jeunes Africains étudiants à Paris, Aimé Césaire et son ami guyanais Léon Gontran Damas, qu’il connaît depuis le Lycée Schœlcher, découvrent progressivement une part refoulée de l’identité martiniquaise, la composante africaine dont ils prennent progressivement conscience au fur et à mesure qu’émerge une conscience forte de la situation coloniale. En septembre 1934, Césaire fonde, avec d’autres étudiants antillo-guyanais et africains (Léon Gontran Damas, les sénégalais Léopold Sédar Senghor et Birago Diop), le journal L’Étudiant noir. C’est dans les pages de cette revue qu’apparaîtra pour la première fois le terme de «Négritude». Ce concept, forgé par Aimé Césaire en réaction à l’oppression culturelle du système colonial français, vise à rejeter d’une part le projet français d’assimilation culturelle et d’autre part la dévalorisation de l’Afrique et de sa culture, des références que le jeune auteur et ses camarades mettent à l’honneur. Construit contre le projet colonial français, le projet de la négritude est plus culturel que politique. Il s’agit, au delà d’une vision partisane et raciale du monde, d’un humanisme actif et concret, à destination des tous les opprimés de la planète. Césaire déclare en effet : « Je suis de la race de ceux qu’on opprime ».

Admis à l’École Normale Supérieure en 1935, Césaire commence en 1936 la rédaction de son chef d’oeuvre, le Cahier d’un Retour au Pays Natal. Marié en 1937 à une étudiante martiniquaise, Suzanne Roussi, Aimé Césaire, Agrégé de Lettres, rentre en Martinique en 1939, pour enseigner, tout comme son épouse, au Lycée Schœlcher.

En réaction contre le statu quo culturel martiniquais, le couple Césaire, épaulé par René Ménil et Aristide Maugée, fonde en 1941 la revue Tropiques, dont le projet est la réappropriation par les Martiniquais de leur patrimoine culturel. La seconde guerre mondiale se traduit pour la Martinique par un blocus qui coupe l’approvisionnement de l’île par la France. En plus d’un situation économique très difficile, l’envoyé du gouvernement de Vichy, l’Amiral Robert, instaure un régime répressif, dont la censure vise directement la revue Tropiques. Celle-ci paraîtra, avec difficulté, jusqu’en 1943.

La guerre marque aussi le passage en Martinique d’André Breton. Le maître du surréalisme découvre avec stupéfaction la poésie de Césaire et le rencontre en 1941. En 1944, Breton rédigera la préface du recueil Les Armes Miraculeuses, qui marque le ralliement de Césaire au surréalisme.

Invité à Port-au-Prince par le docteur Mabille, attaché culturel de l’ambassade de France, Aimé Césaire passera six mois en Haïti, donnant une série de conférences dont le retentissement sur les milieux intellectuels haïtiens est formidable. Ce séjour haïtien aura une forte empreinte sur l’œuvre d’Aimé Césaire, qui écrira un essai historique sur Toussaint Louverture et consacrera une pièce de théâtre au roi Henri Christophe, héros de l’indépendance.

Alors que son engagement littéraire et culturel constituent le centre de sa vie, Aimé Césaire est happé par la politique dès son retour en Martinique. Pressé par les élites communistes, à la recherche d’une figure incarnant le renouveau politique après les années sombres de l’Amiral Robert, Césaire est élu maire de Fort-de-France, la capitale de la Martinique, en 1945, à 32 ans. L’année suivant, il est élu député de la Martinique à l’Assemblée Nationale.

Le député Césaire sera, en 1946, le rapporteur de la loi faisant des colonies de Guadeloupe, Guyane Française, Martinique et la Réunion, des Départements Français. Ce changement de statut correspond à une demande forte du corps social, souhaitant accéder aux moyens d’une promotion sociale et économique. Conscient du rôle de la départementalisation comme réparation des dégâts de la colonisation, Aimé Césaire est tout aussi conscient du danger d’aliénation culturelle qui menace les martiniquais. La préservation et le développement de la culture martiniquaise seront dès lors ses priorités.

Partageant sa vie entre Fort-de-France et Paris, Césaire fonde, dans la capitale française, la revue Présence Africaine, aux côtés du sénégalais Alioune Diop, et des guadeloupéens Paul Niger et Guy Tirolien. Cette revue deviendra ensuite une maison d’édition qui publiera plus tard, entre autres, les travaux de l’égyptologue Cheikh Anta Diop, et les romans et nouvelles de Joseph Zobel.

En 1950, c’est dans la revue Présence Africaine que sera publié pour la première fois le Discours sur le colonialisme, charge virulente et analyse implacable de l’idéologie colonialiste européenne, que Césaire compare avec audace au nazisme auquel l’Europe vient d’échapper. Les grands penseurs et hommes politiques français sont convoqués dans ce texte par l’auteur qui met à nue les origines du racisme et du colonialisme européen.

Peu enclin au compromis, Aimé Césaire, révolté par la position du Parti Communiste Français face à l’invasion soviétique de la Hongrie en 1956, publie une «Lettre à Maurice Thorez» pour expliquer les raisons de son départ du Parti. En mars 1958, il crée le Parti Progressiste Martiniquais (PPM), qui a pour ambition d’instaurer «un type de communisme martiniquais plus résolu et plus responsable dans la pensée et dans l’action». Le mot d’ordre d’autonomie de la Martinique est situé au cœur du discours du PPM.

Parallèlement à une activité politique continue (il conservera son mandat de député pendant 48 ans, et sera maire de Fort-de-France pendant 56 ans), Aimé Césaire continue son œuvre littéraire et publie plusieurs recueils de poésie, toujours marqués au coin du surréalisme (Soleil Cou Coupé en 1948, Corps perdu en 1950, Ferrements en 1960). À partir de 1956, il s’oriente vers le théâtre. Avec Et les Chiens se taisaient, texte fort, réputé impossible à mettre en scène, il explore les drames de la lutte de décolonisation autour du personnage du Rebelle, esclave qui tue son maître puis tombe victime de la trahison. La Tragédie du Roi Christophe (1963), qui connaît un grand succès dans les capitales européennes, est l’occasion pour lui de revenir à l’expérience haïtienne, en mettant en scène les contradiction et les impasses auxquels sont confrontés les pays décolonisés et leurs dirigeants. Une saison au Congo (1966) met en scène la tragédie de Patrice Lumumba, père de l’indépendance du Congo Belge. Une tempête (1969), inspiré de Shakespeare, explore les catégories de l’identité raciale et les schémas de l’aliénation coloniale. Pensant à l’origine situer l’action de cette adaptation de Shakespeare aux États-Unis, il choisit finalement les Antilles, gardant tout de même le projet de refléter l’expérience noire aux Amériques.

Au total Césaire à publié plus de quatorze œuvres, recueils des poésies, pièces de théâtre et essais. De nombreux colloques et conférences internationales ont été organisés sur son œuvre littéraire qui est universellement connue. Son œuvre a été traduite dans de nombreuses langues: anglais, espagnole, allemand et cetera.

Aimé Césaire s’éteint à Fort-de-France le 17 avril 2008 à 94 ans. De nombreux hommages du monde entier saluent le poète, l’homme d’action et le chantre de la négritude pour qui des funérailles nationales sont organisées en Martinique le 20 avril 2008 (voir les liens en bas de page).

De Soleil Cou Coupé (1948) à Ferrements (1960) et Moi, laminaire (1982), il aura écrit une poésie à la fois inspirée du surréalisme, tellurique et bucolique, “une poésie de culture et de nature, c’était un homme enraciné dans la terre, comme un arbre”
Figure politique d’un rayonnement mondial, Césaire était poète avant tout. «Le langage poétique, disait-il, est le seul qui permette d’exprimer la complexité de l’homme.» Le seul, avec celui de la tragédie grecque, le modèle de ses quatre pièces, qui étaient en même temps très politiques. La Tragédie du roi Christophe (1963) est une réflexion sur l’expérience haïtienne, Une saison au Congo (1966) part de l’assassinat de Patrice Lumumba, Une tempête (1969), inspirée de Shakespeare, a pour sujet l’aliénation coloniale et le Black Power américain.

Aimé Césaire disait : «C’est quoi une vie d’homme ? C’est le combat de l’ombre et de la lumière… C’est une lutte entre l’espoir et le désespoir, entre la lucidité et la ferveur… Je suis du côté de l’espérance, mais d’une espérance conquise, lucide, hors de toute naïveté.»

Aimé Césaire fait désormais partie du cercle restreint de nos Ancêtres Africains inscrits au Panthéon. Dès lors, qui mieux que lui était capable d’incarner et de remplir cette quadruple exigence permettant d’accéder au statut enviable et envié d’Ancêtre, au sens africain du terme : posséder de hautes valeurs morales et intellectuelles, servir d’exemple et de modèle durant toute son existence, réunir un large suffrage autour de sa personne, et enfin, bénéficier du droit de primogéniture ?

Aimé Césaire : Noël – Cahier d’un retour au pays natal

Noël n’était pas comme toutes les fêtes. Il n’aimait pas à courir les rues, à danser sur les places publiques, à s’installer sur les chevaux de bois, à lancer des feux d’artifice au front des tamariniers. Il avait l’agoraphobie, Noël. Ce qu’il fallait c’était toute une journée d’affairement, d’apprêts, de cuisinages, de nettoyages, d’inquiétudes,
de peur que ça ne suffise pas,
de peur que ça ne manque pas,
de peur qu’on ne s’embête.
Puis le soir une petite église pas

intimidante, qui se laissât emplir bienveillamment par les rires, les chuchotis, les confidences, les déclarations amoureuses, les médisances et la cacophonie gutturale d’un chantre bien d’attaque et aussi de gais copains et de franches luronnes et des cases aux entrailles riches en succulences, et pas regardantes, et l’on s’y parque une vingtaine, et la rue est déserte, et le bourg n’est plus qu’un bouquet de chants, et l’on est bien à l’intérieur, et l’on en mange du bon, et l’on en boit du réjouissant et il y a du boudin, celui étroit de deux doigts qui s’enroule en volubile, celui large et trapu, le bénin à goût de serpolet, le violent à l’incandescence pimentée, et du café brûlant et de l’anis sucré et du punch au lait, et le soleil liquide des rhums, et toutes sortes de bonnes choses qui vous imposent autoritairement les muqueuses ou vous les distillent en ravissements ou vous les tissent de fragrances, et l’on rit, et l’on chante, et les refrains fusent à perte de vue comme des cocotiers : ALLELULIA KYRIE ELEISON… ELEISON…ELEISON -CHRISTIE

ELEISON… LEISON…LEISON"

Aimé Césaire : père de la « Négritude »

Cahier d’un retour au pays natal (1939)

Conçu comme un anti-poème, une sorte de poème en prose à la manière d’Une saison en enfer de Rimbaud et des Chants de Maldoror de Lautréamont, le Cahier d’un retour au pays natal est un long texte de 75 pages.
Il est né d’une crise morale et spirituelle que traverse Aimé Césaire entre 1935 et 1936, alors qu’il prépare l’agrégation à l’Ecole normale supérieure de Paris. La première version du poème est publiée en 1939, mais l’auteur ne cessera de la reprendre, de la corriger en y ajoutant des passages entiers jusqu’à 1956, date à laquelle il remet le dernier état du manuscrit à Présence Africaine qui publie la même année cette version définitive du poème. Autobiographique comme le mot “cahier” dans le titre le laisse entendre, évoquant quelque carnet ou journal intime, cet ouvrage raconte en effet un parcours initiatique qui conduit le narrateur-récitant du rejet de soi-même, de son histoire (noir, fils de colonisé, petit-fils d’esclave déporté) et de sa géographie (“cette ville inerte et ses au-delà de lèpres, de consomption, de famines, de peurs tapies dans les ravines…”) à l’acceptation de sa race et de sa négritude.
Le processus de l’écriture entraîne le poète du désespoir à l’espoir, et au refus d’assumer le passé de sa race avilie, humiliée, soumise à l’affirmation d’une négritude triomphante, annoncée par l’image de “Haïti où la négritude se mit debout pour la première fois et dit qu’elle croyait à son humanité”. Considéré comme le texte fondateur de la négritude, ce poème est désormais associé aux combats raciaux et politiques des Noirs dans le monde entier.

Les armes miraculeuses (1946) et Soleil cou coupé (1948)

Les trente et les soixante-quatorze poèmes qui composent ces recueils appartiennent à la période surréaliste de Césaire, comme les titres des deux volumes le suggèrent. Le titre Soleil cou coupé est extrait du dernier vers de Zone de Guillaume Apollinaire. Ce titre traduit la blessure atroce de la séparation originelle avec l’Afrique. Le poète évoque aussi les Antilles, l’océan et sans doute les souffrances de la traversée qui continuent de scander la mémoire collective antillaise: “Soleil serpent oeil fascinant mon oeil/et la mer pouilleuse d’îles craquant aux doigts des roses/lance-flamme et mon corps intact de foudroyé/l’eau exhausse les carcasses de lumière perdues dans le couloir sans pompe/des tourbillons de glaçons auréolent le coeur fumant des corbeaux…”.
Tam-tam I, Tam-tam II et Batouque, les poèmes les plus connus de ces recueils, font également entendre le martèlement rythmique et répétitif (allitérations, anaphores, assonances…), si caractéristique de la prosodie césairienne.

Corps perdu (1950)

Ce recueil de dix poèmes, nourri de l’expérience de la venue du poète à la politique à une période où l’idée de l’indépendance des anciens colonisés n’était pas encore acquise, marque un tournant dans l’écriture de Césaire. Finie l’ère de l’optimisme béat et idéaliste sur lequel le Cahier s’est clos. Le mythe est battu en brèche par le réel. Le poème éponymique de ce volume dont le titre évoque les corps jetés par-dessus le bord des navires esclavagistes et perdus à jamais, traduit parfaitement le désarroi du poète politicien face aux insultes qu’on lui lance, aux fins de non-recevoir que la France impériale oppose à ses projets: “nègre nègre nègre depuis le fond/du ciel immémorial/un peu moins fort qu’aujourd’hui/mais trop fort cependant…”

Le morne Vert Rêvassé en Martinique 1979-80 : Claire Labonte

Moi, laminaire (1982)

“J’habite une blessure sacrée/j’habite des ancêtres imaginaires/j’habite un vouloir obscur/j’habite un long silence/j’habite une soif irrémédiable/j’habite un voyage de mille ans/j’habite une guerre de trois cents ans…”

Ainsi s’ouvre ce dernier recueil de Césaire réunissant soixante-trois poèmes écrits sur une période de dix-douze ans. Le poète se définit dès le titre, se comparant aux laminaires qui sont de longues algues accrochées aux roches sous-marines des Iles Caraïbes.

Ces algues battues par les flots sont le symbole d’une identité déterminée par la mer, par le vent, mais aussi par cette impossibilité d’enracinement qui sonne comme un échec pour Césaire : on sait combien la négritude fut, pour lui, le moyen de se rattacher à un passé, à une tradition pour mieux imaginer ce Nègre nouveau auquel il aspire pour lui-même et pour son peuple. Les limites de la négritude ont peut-être été atteintes car celle-ci n’a pas su fermer la blessure de la déportation, ni étancher la soif du renouveau. Seule la poésie, mémoire de la langue mise en valeur dans ce recueil consacré à la valence et à la poétique des mots, peut-elle encore faire barrage contre le désastre et la " torpeur de l’histoire ".

Moi, laminaire…
1982

Les poèmes qui composent Moi, laminaire diffusent l’angoisse de voir le feu des volcans se dissoudre et se perdre dans la vase maléfique des mangroves.
Avec pour drapeau une laminaire accrochée à son roc, le poète s’embarque contre le temps, refaisant l’inventaire des habits du voyage : la sérénité de la plante, la colère rentrée de la montagne, la fougue du petit cheval. Et il observe son histoire antillaise, grand fleuve au crépuscule, entre Niger et Amazone, briseur de frontières , fondateur de rivages, accusant les barrages, soumis aux méandres des terres. Et que reste-t-il des promesses des sources ? A l’embouchure où se confondent – tout horizon aplani en mangroves – la pourriture et le limon, la démission et la résistance, l’échouage des discours et la subversion d’une ultime parole à la mer ?

Mais Césaire n’est pas homme à labourer les flots ni à se contenter d’avoir semé : « Je hais les faims qui capitulent en pleine récolte », avait-il proclamé dès 1943.
Dans ce recueil, surgi d’une nécessité longtemps retenue, aucun jeu avec les mots ne vient masquer l’exigence de lucidité devant un demi-siècle d’action poétique et d’engagement politique.

Daniel Maximin

« J’habite une blessure sacrée
j’habite des ancêtres imaginaires
j’habite un vouloir obscur
j’habite un long silence
j’habite une soif irrémédiable… »

« avec des bouts de ficelle
avec des rognures de bois
avec de tout tous les morceaux bas
avec les coups bas
avec des feuilles mortes ramassées à la pelle
avec des restants de draps
avec des lassos lacérés
avec des mailles forcées de cadènes
avec des ossements de murènes
avec des fouets arrachés
avec des conques marines
avec des drapeuax et des tombes dépareillées
par rhombes
et trombes
te bâtir »

Cahier d’un retour au pays natal – Au bout du petit matin,

Au bout du petit matin, …

Au bout du petit matin, une autre petite maison qui sent très mauvais dans une rue très étroite, une maison minuscule qui abrite en ses entrailles de bois pourri des dizaines de rats et la turbulence de mes six frères et soeurs, une petite maison cruelle dont l’intransigeance affole nos fins de mois et mon père fantasque grignoté d’une seule misère, je n’ai jamais su laquelle, qu’une imprévisible sorcellerie assoupit en mélancolique tendresse ou exalte en hautes flammes de colère; et ma mère dont les jambes pour notre faim inlassable pédalent, pédalent de jour, de nuit, je suis même réveillé la nuit par ces jambes inlassables qui pédalent la nuit et la morsure âpre dans la chair molle de la nuit d’une Singer que ma mère pédale, pédale pour notre faim et de jour et de nuit.

Au bout du petit matin, au-delà de mon père, de ma mère, la case gerçant d’ampoules, comme un pêcher tourmenté de la cloque, et le toit aminci, rapiécé de morceaux de bidon de pétrole, et ça fait des marais de rouillure dans la pâte grise sordide empuantie de la paille, et quand le vent siffle, ces disparates font bizarre le bruit, comme un crépitement de friture d’abord, puis comme un tison que l’on plonge dans l’eau avec la fumée des brindilles qui s’envole… Et le lit de planches d’où s’est levée ma race, tout entière ma race de ce lit de planches, avec ses pattes de caisses de Kérosine, comme s’il avait l’éléphantiasis le lit, et sa peau de cabri, et ses feuilles de banane séchées, et ses haillons, une nostalgie de matelas le lit de ma grand-mère.

Aimé CÉSAIRE extrait du recueil de poésie Ferrements

un brouillard monta
le même qui depuis toujours m’obsède
tissu de bruits de ferrements de chaînes sans clefs
d’éraflures de griffes
d’un clapotis de crachats
un brouillard se durcit et un poing surgit
qui cassa le brouillard
le poing qui toujours m’obsède
et ce fut sur une mer d’orgueil
un soleil non pareil
avançant ses crêtes majestueuses
comme un jade troupeau de taureaux
vers les plages prairies obéissantes
et ce furent des montagnes libérées
pointant vers le ciel leur artillerie fougueuse
et ce furent des vallées au fond desquelles
l’Espérance agita les panaches fragiles des cannes à sucre de janvier
Louis Delgrès je te nomme
et soulevant hors silence le socle de ce nom
je heurte la précise épaisseur de la nuit
d’un rucher extasié de lucioles…
Delgrès il n’est point de printemps
comme la chlorophylle guettée d’une rumeur émergeante de morsures
de ce prairial têtu
trois jours tu vis contre les môles de ta saison
l’incendie effarer ses molosses
trois jours il vit Delgrès de sa main épeleuse de graines ou de racines
maintenir dans l’exacte commissure de leur rage impuissante
Gobert et Pélage les chiens colonialistes
Alentour le vent se gifle de chardons
d’en haut le ciel est bruine de sang ingénu
Fort Saint-Charles je chante par-dessus la visqueuse étreinte
le souple bond d’Ignace égrenant essouflée
par cannaies et clérodendres la meute colonialiste
Et je chante Delgrès qui aux remparts s’entête
trois jours Arpentant la bleue hauteur du rêve
projeté hors du sommeil du peuple
trois jours Soutenant soutenant de la grêle contexture de ses bras
notre ciel de pollen écrasé…
Et qu’est-ce qu’est-ce donc qu’on entend
le troupeau d’algues bleues cherche au labyrinthe des îles
Voussure ombreuse de l’écoute
la seule qui fût flaireuse d’une nouvelle naissance
Haïti aisance du mystère
l’étroit sentier de houle dans la brouillure des fables…
Mais quand à Baimbridge Ignace fut tué
que l’oiseau charognard du hurrah colonialiste
eut plané son triomphe sur le frisson des îles
alors l’Histoire hissa sur son plus haut bûcher
la goutte de sang je dis
où vint se refléter comme en profond parage
l’insolite brisure du destin…
Morne Matouba
Lieu abrupte. Nom abrupt et de ténèbres En bas
au passage Constantin là où les deux rivières
écorcent leurs hoquets de couleuvres
Richepanse est là qui guette
(Richepanse l’ours colonialiste aux violettes gencives
friand du miel solaire butiné aux campêches)
et ce fut aux confins l’exode du dialogue
Tout trembla sauf Delgrès…
O mort, vers soi-même le bond considérable
tout sauta sur le noir Matouba
l’épais filet de l’air vers les sommets hala
d’abord les grands chevaux du bruit cabrés contre le ciel
puis mollement le grand poulpe avachi de fumée
dérisoire cracheur dans la nuit qu’il injecte
de l’insolent parfum d’une touffe de citronelle
et un vent sur les îles s’abattit
que cribla la suspecte violence des criquets…
Delgrès point n’ont devant toi chanté
les triomphales
flûtes ni rechigné ton ombre les citernes
séchées ni l’insecte vorace n’a patûré ton site
O Briseur Déconcerteur Violent
Je chante la main qui dédaigna d’écumer
de la longue cuillère des jours
le bouillonnement de vesou de la grande cuve du temps
et je chante
mais de toute la trompette du ciel plénier et sans merci
rugi le tenace tison hâtif
lointainement agi par la rigueur téméraire de l’aurore !
Je veux entendre un chant où l’arc-en-ciel se brise
où se pose le courlis aux plages oubliées
je veux la liane qui croît sur le palmier
(c’est sur le tronc du présent notre avenir têtu)
je veux le conquistador à l’armure descellée
se couchant dans une mort de fleurs parfumées
et l’écume encense une épée qui se rouille
dans le pur vol bleuté de lents cactus hagards
je veux au haut des vagues soudoyant le tonnerre de midi
la négrillonne tête désenlisant d’écumes
la souple multitude du corps impérissable
que dans la vérité pourrie de nos étés
monte et ravive une fripure de bagasses
un sang de lumière chue aux coulures des cannaies
et voici dans cette sève et ce sang dedans cette évidence
aux quatre coins des îles Delgrès qui nous méandre
ayant Icare dévolu creusé au moelleux de la cendre
la plaie phosphorescente d’une insondable source
Or
constructeur du cœur dans la chair molles des mangliers
aujourd’hui Delgrès
aux creux de chemins qui se croisent
ramassant ce nom hors maremmes
je te clame et à tout vent futur
toi buccinateur d’une lointaine vendange.

AIMÉ CÉSAIRE, DISCOURS sur le COLONIALISME, en 1955

Extrait:

« Il faudrait d’abord étudier comment la colonisation travaille à
déciviliser le colonisateur, à l’abrutir au sens propre du mot, à le
dégrader, à le réveiller aux instincts enfouis, à la convoitise, à la
violence, à la haine raciale, au relativisme moral, et montrer que,
chaque fois qu’il y a au VietNam une tête coupée et un oeil crevé et
qu’en France on accepte, une fillette violée et qu’en France on
accepte, un Malgache supplicié et qu’en France on accepte, il y a un
acquis de la civilisation qui pèse de son poids mort, une régression
universelle qui s’opère, une gangrène qui s’installe, un foyer
d’infection qui s’étend et qu’au bout de tous ces traités violés, de
tous ces mensonges propagés, de toutes ces expéditions punitives
tolérées. de tous ces prisonniers ficelés et interrogés, de tous ces
patriotes torturés, au bout de cet orgueil racial encouragé, de cette
jactance étalée, il y a le poison instillé dans les veines de
1’Europe, et le progrès lent, mais sûr, de l’ensauvagement du
continent. […]

J’ai relevé dans l’histoire des expéditions coloniales quelques
traits que j’ai cités ailleurs tout à loisir.

Cela n’a pas eu l’heur de plaire à tout le monde. Il paraît que c’est
tirer de vieux squelettes du placard. Voire !

Etait-il inutile de citer le colonel de Montagnac, un des conquérants
de l’Algérie :

" Pour chasser les idées qui m’assiègent quelquefois, je fais couper
des têtes, non pas des têtes d’artichauts, mais bien des têtes
d’hommes. "

Convenait-il de refuser la parole au comte d’Herisson :

“Il est vrai que nous rapportons un plein barils d’oreilles
récoltées, paire à paire, sur les prisonniers, amis ou ennemis. "

Fallait-il refuser à Saint-Arnaud le droit de faire sa profession de
foi barbare :

“On ravage, on brûle, on pille, on détruit les maisons et les
arbres.”

Fallait-il empêcher le maréchal Bugeaud de systématiser tout cela
dans une théorie audacieuse et de se revendiquer des grands ancêtres :

“Il faut une grande invasion en Afrique qui ressemble à ce que
faisaient les Francs, à ce que faisaient les Goths.”

Fallait-il enfin rejeter dans les ténèbres de l’oubli le fait d’armes
mémorable du com­mandant Gérard et se taire sur la prise d’Ambike, une
ville qui, à vrai dire, n’avait jamais songé à se défendre :

“Les tirailleurs n’avaient ordre de tuer que les hommes, mais on ne
les retint pas ; enivrés de l’odeur du sang, ils n’épargnèrent pas
une femme, pas un enfant… A la fin de l’après-midi, sous l’action
de la chaleur, un petit brouillard s’éleva : c’était le sang des cinq
mille victimes, l’ombre de la ville, qui s’évaporait au soleil
couchant.”

Oui ou non, ces faits sont-ils vrais ? Et les voluptés sadiques, les
innommables jouissan­ces qui vous friselisent la carcasse de Loti
quand il tient au bout de sa lorgnette d’officier un bon massacre
d’Annamites ? Vrai ou pas vrai ? 2 Et si ces faits sont vrais,
comme il n’est au pouvoir de personne de le nier, dira-­t-on, pour les
minimiser, que ces cadavres ne prouvent rien ?

Pour ma part, si j’ai rappelé quelques détails de ces hideuses
boucheries, ce n’est point par délectation morose, c’est parce que je
pense que ces têtes d’hommes, ces récoltes d’oreilles, ces maisons
brûlées. ces invasions gothiques, ce sang qui fume, ces villes qui
s’évaporent au tranchant du glaive, on ne s’en débarrassera pas à si
bon compte. Ils prouvent que la colonisation, je le répète,
déshumanise l’homme même le plus civilisé ; que l’action coloniale,
l’entreprise coloniale, la conquête coloniale, fondée sur le mépris
de l’homme indigène et justifiée par ce mé­pris, tend inévitablement à
modifier celui qui l’entreprend ; que le colonisateur, qui, pour se
donner bonne conscience, s’habitue à voir dans l’autre la bête,
s’entraîne à le traiter en bête, tend objectivement à se transformer
lui-­même en bête. C’est cette action, ce choc en retour de la
colonisation qu’il importait de signaler. »

1 Aimé Césaire a été maire de Fort de France (1945 – 2001) et
député de la Martinique (1945 – 1993) ; il a obtenu la
départementalisation de la Martinique en 1946.

2 Il s’agit du récit de la prise de Thouan-An paru dans le Figaro
en septembre 1883 et cité dans le livre de N. Serban : Loti, sa vie,
son oeuvre. « Alors la grande tuerie avait commencé. On avait fait
des feux de salve-­deux ! et c’était plaisir de voir ces gerbes de
balles, si facilement dirigeables, s’abattre sur eux deux fois par
minute, au commandement d’une manière méthodique et sûre… On en
voyait d’absolument fous, qui se rele­vaient pris d’un vertige de
courir …Ils faisaient un zigzag et tout de travers cette course de
la mort, se retroussant jusqu’aux reins d’une manière comique… et
puis on s’amusait à compter les morts, etc. »

C’est oublier singulièrement (comme dirait Senghor) que cette couleur fait partie intégrante de l’histoire des Africains. Car c’est bien parce qu’ils étaient noirs qu’on s’est permis de les réduire en esclavage et d’en faire commerce pendant trois cents ans. Qu’on les a traités comme des bêtes. Qu’on a édicté un Code Noir afin de préciser les châtiments pour leurs actes d’insubordination aux maîtres blancs : tant de coups de fouet, tant de jours de cage (et non de cachot réservé aux humains), le jarret coupé pour les fuyards, et la mort pour les instigateurs de rébellion.

Trois cents ans. D’où Césaire un jour qui se dresse et clame : ‘Je pousserai le grand cri nègre jusqu’à ce que les assises du monde en soient ébranlées.’ (1939). D’où la révolution de la Négritude et Sartre qui écrit en 1948 : ’Insulté, asservi, il ramasse le mot nègre qu’on lui a jeté comme une pierre, il se revendique comme Noir en face du blanc, dans la fierté.’ D’où Présence Africaine qui rassemble tous les Noirs africains de la Diaspora ; et Alioune Diop qui écrit : ‘Nous voulons manifester le génie noir, et faire reconnaître sa dignité.’ D’où Rabemananjara qui écrit à son tour : ‘On peut parler d’une grande famille des cultures africaines qui méritent le nom de civilisation négro-africaine… On sait que les avatars de l’histoire ont fait qu’aujourd’hui le champ de cette civilisation déborde très largement l’Afrique, au Brésil, aux Antilles, en Haïti, et même aux Etats-Unis.’

Afrique noire parce que c’est d’abord, le continent de la race noire. Parce que cette race a produit une civilisation qui a ses caractères et ses richesses propres. Parce que cette race a été victime de la plus longue, la plus dure et la plus violente exploitation qui soit de mémoire d’homme. Parce que c’est en tant qu’Afrique noire que fut exigée l’indépendance et que, depuis, les Africains luttent à travers les pires déboires pour se libérer du néo-colonialisme et de ses collaborateurs noirs et blancs.

C’est pourquoi tout homme ou femme d’Afrique noire conscient et responsable comprend et contresigne ces vers de David Diop dans Coups de Pilon :
“Ecoutez camarades des siècles d’incendie
L’ardente clameur nègre d’Afrique et d’Amérique,
C’est le signe de l’aurore”

Et c’est sur cette base que beaucoup, en ayant tiré la leçon universaliste, se joignent au sermon de Frantz Fanon : ’Je me suis engagé à combattre pour que, plus jamais, il n’y ait sur Terre de peuples opprimés.’ (1954).

Aimé Césaire : Les armes miraculeuses

Les armes miraculeuses (extraits)
Aimé Césaire

Le grand coup de machette du plaisir rouge en plein front
il y avait du sang et cet arbre qui s’apellait le flamboyant et
qui ne merite jamais mieux ce nom la que les veilles de
cyclone et de villes mises a sac le nouveau sang la raison
rouge tous les mots de toutes les langues qui signifient
mourir de soif et seul quand mourir avait le gout du pain
et la terre et la mer un gout d’ancetre et cet oiseau qui
me crie de ne pas me rendre et la patience des hurlements
a chaque detour de ma langue

la plus belle arche et qui est un jet de sang
la plus belle arche et qui est un cerne lilas
la plus belle arche et qui s’appelle la nuit
et la beaute anarchiste de tes bras mis en croix
et la beaute eucharistique qui flambe de ton sexe
au nom duquel je saluais le barrage de mes
levre violentes

Il y avait la beaute des minutes qui sont les bijoux au rabais
du bazar de la cruaute le soleil des minutes et leur joli
museau de loup que la faim fait sortir du bois de la croix-
rouge des minutes qui sont les murenes en marche vers
les viviers et les saisons et les fragilites immenses de la
mer qui est un oiseau fou cloue feu sur la porte des
terres cocheres il y avait jusqu’a la peur telles que le recit
de juillet des crapauds de l’espoir et du desespoir elagues
d’astres au desuus des eaux la ou la fusion des jours qu’as-
sure le borax fait raison des veilleuses gestantes les forni-
cations de l’herbe a ne pas contempler sans precaution
les copulations de l’eau refletes par le miroir des mages les
betes marines a prendre dans le creux du plaisir les assauts
de vocables tous sabord fumants pour feter la naissance
de l’heritier male en instance parallele avec l’apparition des
prairies siderales au flanc de la bourse aux volcans d’agaves
d’epaves de silence le grand parc muet avec l’agrandisse-
ment silurien de jeux muets aux detresses impardonnables
de la chair de bataille selon le dosage toujours a refaire
des germes a detruire

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Freitag, 10. Mai 2013, 11:46 Uhr
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Montag, 01. Juli 2019, 18:49 Uhr