Stadt: Frankfurt am Main

Frist: 2017-12-31

Beginn: 2018-05-30

Ende: 2018-06-01

Goethe Universität de Francfort
30 mai – 1 juin 2018

Colloque organisé par Frank Estelmann (Institut für Romanische Sprachen und Literaturen) et Aurore Peyroles (IFRA-SHS)

Que devient l’urbanité face à la guerre ? La ville n’a jamais été tenue à l’écart des conflits : assiégée, pillée, incendiée, elle a souvent subi les attaques des belligérants au cours des siècles. Les conflits modernes brouillent cependant un peu plus la fragile frontière entre arrière et front, la ville devenant le théâtre ou la toile de fond des affrontements : la guerre peut alors toucher toutes les composantes de l’espace urbain. Or qu’arrive-t-il à la ville, en tant qu’urbi, espace de sociabilité urbaine, mais aussi en tant que polis, espace politique, quand la guerre surgit en son sein ? Quelle « invention du quotidien » urbain, pour reprendre l’expression de Michel de Certeau, autorise ou empêche-t-elle ? En retour, la ville configure dans une certaine mesure les visages de la guerre, modifiant les modalités des affrontements, mais aussi la perception et la définition de l’adversaire. Quand ce dernier n’est plus seulement une armée, mais une population civile et urbaine, les rapports noués avec lui sont d’une nature nécessairement complexe. Qu’elle soit le théâtre des combats de rue ou celui des parades des vainqueurs, la ville rend en effet inévitable la rencontre de l’autre qu’il s’est agi de vaincre.
Au prisme de leurs représentations littéraires et historiques, les villes en guerre constituent ainsi des décors singuliers, propices à l’exacerbation des sentiments, à l’exaltation des valeurs, à l’intensité des aventures. Souvent liée à des enjeux idéologiques, leur évocation n’est jamais anodine : que ce soit pour chanter les villes martyres, victimes de l’ennemi, ou, au contraire, pour justifier une entreprise de conquête, la ville en guerre joue un rôle stratégique dans les discours, contemporains ou rétrospectifs, qui la mentionnent. Dans quelle perspective, au double sens d’objectif et de point de vue, est-elle représentée ? Quelles sont les modalités narratives de son surgissement ? Quel rapport entre fiction et non fiction, entre témoignage et romanesque s’y noue-t-il ?

Au XIXe siècle, la guerre se déploie sur plusieurs horizons. Les villes des conquêtes coloniales constituent un observatoire privilégié de son surgissement dans un cadre urbain. Comment les futurs colonisateurs perçoivent-ils les capitales d’anciens empires, fleurons de civilisations radicalement autres mais d’une extraordinaire charge exotique ? Ce siècle est aussi celui des campagnes napoléoniennes et des indépendances nationales européennes, dont les villes constituent parfois un enjeu majeur : le statut de Rome est l’une des questions récurrentes qui se posent au Risorgimiento. Plus proche encore, la guerre n’épargne pas les villes françaises, dont certaines sont aux premières loges des tourmentes nationales qui s’égrènent au cours du siècle. Certaines sont au contact direct du front et deviennent des champs de bataille (Sedan, bombardements de Strasbourg et de Paris). Le conflit s’impose alors au cœur même de la ville et touche directement ses habitants, qui doivent apprendre à vivre dans une cité en guerre. Dans un siècle marqué par la croissance urbaine, la ville, prise dans des conflits aussi réels que symboliques, n’est donc plus refuge : parfois objet des affrontements, elle s’en fait aussi le théâtre. Quels regards les écrivains, les stratèges et les historiens portent-ils sur ces villes qui font directement l’expérience de la guerre – coloniale, nationale ou civile ?

L’irruption de la guerre, ou de ses traces, dans l’espace urbain redéfinit également la conception que se fait le XIXe siècle de la ville, alors érigée en décor d’une modernité triomphante. Dans quelle mesure l’expérience du conflit modifie-t-elle l’appréhension de l’urbanité, les projets architecturaux mais aussi les rapports sociaux, les physionomies urbaines mais aussi les mythes de la ville ? On se souvient du colonel Chabert de Balzac, « mort à la bataille d’Eylau » revenant à Paris : spectre hantant une société et une ville qu’il ne connaît plus et qui ne le reconnaissent plus. Donnant un visage au soldat de retour du front à la ville, cette figure fantomatique incarne plus largement le spectre que la guerre et sa mémoire font peser sur une société urbaine, quels que soient les efforts déployés par cette dernière pour l’oublier, la refouler.
Comment la ville réagit-elle à ces spectres, et plus généralement comment inscrit-elle la mémoire de la guerre en son sein ? Quand les ruines sont vite balayées, les monuments façonnent le souvenir du conflit et entendent souder une communauté autour d’eux. C’est au XIXe siècle que se multiplient les monuments aux morts : signes d’une nouvelle perception de la guerre, dont il s’agit de rappeler le souvenir dans l’espace social quotidien. Les traces sont parfois moins immédiatement visibles : si la mémoire collective de la guerre s’inscrit géographiquement et officiellement dans les villes, elle influe également sur la façon dont une époque (se) représente le fait urbain. Grand mythe du xixe siècle, la ville semble être le lieu même du progrès où s’incarnera la société moderne. Or le surgissement en son sein de la ruine et de la destruction met à mal cette assimilation de la ville au progrès : la temporalité urbaine peut aussi être celle de la catastrophe ; Paris, la capitale de la modernité par excellente, pourrait connaître le sort de Pompéi – ou celui du Moscou de 1812.
La naissance de la science-fiction semble s’inscrire pleinement dans cet imaginaire apocalyptique qui fait de la ville le lieu du conflit et de l’anéantissement. Le fantasme de la grande ville détruite serait ainsi à l’origine d’une certaine littérature, s’insinuant également dans les genres à la mode que sont les romans fantastiques et historiques. Quel urbanisme et quelle urbanité subsistent dans cet imaginaire angoissé de l’effondrement aux accents eschatologiques ?

Ce sont ces interrogations que souhaite lancer ce colloque, soutenu par l’Université franco-allemande.

Cet appel à contribution s’adresse principalement aux jeunes chercheurs, doctorants et post-doctorants.
Trois axes thématiques seront privilégiés :
1. Témoignages : les villes des guerres d’indépendance européennes
2. Le laboratoire colonial : conquêtes, occupation et héritage
3. Effets de la guerre : retours, spectres et ruines

Les langues du colloque seront l’allemand, le français et l’anglais.
Les propositions de communications (titre et résumé de 1 500 signes environ ainsi qu’une courte notice biographique) devront parvenir conjointement à Frank Estelmann (Estelmann@em.uni-frankfurt.de) et à Aurore Peyroles (aurore.peyroles@institutfrancais.de) avant le 31 décembre 2017.

Beitrag von: Frank Estelmann

Redaktion: Marcel Schmitt